{"id":876,"date":"2015-06-04T11:22:02","date_gmt":"2015-06-04T09:22:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/?p=876"},"modified":"2026-09-17T19:12:58","modified_gmt":"2026-09-17T17:12:58","slug":"le-monde-interview-de-thu-trinh-bouvier-auteur-du-livre-parlez-vous-pic-speech","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/le-monde-interview-de-thu-trinh-bouvier-auteur-du-livre-parlez-vous-pic-speech\/","title":{"rendered":"Le Monde : Interview de Thu Trinh-Bouvier auteur du livre \u00ab\u00a0Parlez-vous Pic speech?\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<h1 itemprop=\"Headline\">L\u2019image, nouveau langage des ados<\/h1>\n<div id=\"articleBody\" itemprop=\"articleBody\" style=\"text-align: center;\">\n<p>\u00ab Les jeunes photographient comme ils respirent\u00a0\u00bb, estime Thu Trinh-Bouvier qui d\u00e9crypte le ph\u00e9nom\u00e8ne du \u00ab\u00a0Parlimage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<figure><img decoding=\"async\" title=\"Thu Trinh-Bouvier\" alt=\"L'image conversationnelle ch\u00e8re aux ados vise \u00e0 entretenir le lien et susciter une r\u00e9action.\" src=\"http:\/\/s2.lemde.fr\/image\/2015\/03\/05\/534x0\/4588244_6_d291_l-image-conversationnelle-chere-aux-ados-vise_a3a5f11af1fc06498c58cd88255f8be5.jpg\" width=\"534\" height=\"310\" data-lazyload=\"false\" \/><\/figure>\n<figure><figcaption data-caption=\"L'image conversationnelle ch\u00e8re aux ados vise \u00e0 entretenir le lien et susciter une r\u00e9action.\">\u00a0<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les adolescents ont d\u00e9velopp\u00e9 un langage qui leur est propre et qui pr\u00e9sente l\u2019avantage de les rendre incompr\u00e9hensibles des adultes. Ils communiquent en images. Dans\u00a0<em>Parlez-vous Pic speech ?<\/em>\u00a0(Editions Kawa), publi\u00e9 fin janvier, Thu Trinh-Bouvier, sp\u00e9cialiste de la communication digitale, responsable nouveaux m\u00e9dia chez Vivendi, d\u00e9crypte ce ph\u00e9nom\u00e8ne, offrant un pr\u00e9cieux sous-titrage aux parents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Vous expliquez que les jeunes gens n\u00e9s depuis 1995, donc avec Internet, et connect\u00e9s en permanence via leur t\u00e9l\u00e9phone portable, ont d\u00e9velopp\u00e9 une nouvelle langue. En quoi consiste-t-elle ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ados manient d\u00e9sormais une langue particuli\u00e8re que j\u2019appelle le\u00a0<em>pic speech<\/em>\u00a0(pour\u00a0<em>picture speech<\/em>), un langage des images au sens large, qu\u2019on pourrait aussi appeler \u00ab Parlimage \u00bb. C\u2019est un m\u00e9lange d\u2019\u00e9crit et d\u2019images. Ils \u00e9changent des textos bourr\u00e9s de signes cabalistiques, les \u00e9motic\u00f4nes, qui symbolisent visuellement leurs \u00e9motions. Mais aussi des photos avec texte et dessins associ\u00e9s, parfois trac\u00e9s au doigt sur l\u2019\u00e9cran tactile. Ou encore des vid\u00e9os tr\u00e8s courtes et des gifs, ces images anim\u00e9es. Tout cela gr\u00e2ce \u00e0 Snapchat, Instagram ou Vine, les applications de leurs t\u00e9l\u00e9phones mobiles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le smartphone, dont ils sont massivement \u00e9quip\u00e9s, est devenu pour eux l\u2019\u00e9quivalent du stylo. Leur activit\u00e9 pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, apr\u00e8s l\u2019\u00e9change de SMS, consiste \u00e0 prendre des photos et \u00e0 les partager. C\u2019est une d\u00e9ferlante. Ils d\u00e9laissent Facebook au profit des r\u00e9seaux sociaux et messageries instantan\u00e9es d\u00e9di\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9change de ces images. La messagerie instantan\u00e9e Snapchat est leur temple, celui de la culture LOL : ils s\u2019y mettent en sc\u00e8ne, manient l\u2019humour potache, tout est permis. Certains ados envoient des dizaines de Snapchat par jour. Ils photographient et postent tout, tout le temps, comme ils respirent. Ils sortent de chez eux, photographient leurs pieds qui marchent dans la rue. Et postent :\u00a0<em>\u00ab Je vais m\u2019acheter un croissant et je te retrouve apr\u00e8s. \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le r\u00e9seau social Instagram, ils se mettent davantage en valeur \u00e0 travers des selfies retouch\u00e9s \u00e0 l\u2019aide de filtres. C\u2019est la vitrine l\u00e9ch\u00e9e d\u2019un monde joyeux et esth\u00e9tisant. C\u2019est \u00e9galement le lieu des d\u00e9clarations d\u2019amiti\u00e9 et d\u2019amour. Et dans leurs textos, ils placent toujours des \u00e9motic\u00f4nes, tir\u00e9s de biblioth\u00e8ques toujours plus \u00e9toff\u00e9es. Ces petits dessins fournissent une cl\u00e9 de lecture du message, ils l\u2019enveloppent, lui donnent de l\u2019affect. Un SMS sans \u00e9motic\u00f4ne est per\u00e7u comme violent, comme s\u2019il y avait une tension, que la personne \u00e9tait contrari\u00e9e. Si jamais, en plus, il y a un point \u00e0 la fin de la phrase, c\u2019est que le probl\u00e8me est grave !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure><img decoding=\"async\" title=\"Thu Trinh-Bouvier\" alt=\"M\u00e9lange de photos, d'\u00e9motic\u00f4nes, de texte et de dessin : le langage des ados sur les r\u00e9seaux est plus cr\u00e9atif qu'on le pense.\" src=\"http:\/\/s1.lemde.fr\/image\/2015\/03\/05\/534x0\/4588343_6_f514_melange-de-photos-d-emoticones-de-texte-et_ebebba22cf5383b12d535724661cf7b8.jpg\" width=\"534\" height=\"263\" data-lazyload=\"false\" \/><figcaption data-caption=\"M\u00e9lange de photos, d'\u00e9motic\u00f4nes, de texte et de dessin : le langage des ados sur les r\u00e9seaux est plus cr\u00e9atif qu'on le pense.\"> <\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pourquoi ce recours massif aux images dans l\u2019expression des ados ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a bien s\u00fbr la facilit\u00e9 de l\u2019outil, le smartphone, qu\u2019ils ont toujours \u00e0 la main, qui renferme tout leur univers et qui permet de prendre des photos. Cette g\u00e9n\u00e9ration baigne, depuis sa naissance, dans la culture de l\u2019image. Elle a pu photographier tr\u00e8s facilement d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge. C\u2019est donc devenu un mode d\u2019expression spontan\u00e9, naturel, massif, qui structure son rapport au monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certains ados prennent m\u00eame des photos qui ne sont pas destin\u00e9es \u00e0 \u00eatre montr\u00e9es mais nourrissent leur dialogue int\u00e9rieur, comme ils \u00e9criraient un journal intime. Pour eux, l\u2019image est ce qu\u2019il y a de plus appropri\u00e9 pour exprimer un \u00e9tat \u00e9motionnel. Et elle intensifie le rapport aux autres. Nous, nous passions des heures au t\u00e9l\u00e9phone en rentrant du lyc\u00e9e, eux gardent le lien en envoyant des photos. Une fa\u00e7on de prendre la parole \u00e0 la premi\u00e8re personne, de signifier leur pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pour eux le mode d\u2019expression le plus efficace parce qu\u2019ils ont cette culture commune. La teneur \u00e9motionnelle du message sera imm\u00e9diatement comprise par le destinataire. Les ados n\u2019\u00e9crivent jamais \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai pass\u00e9 mon aprem \u00e0 faire du volley avec les copains<\/em>\u00a0\u00bb, ils envoient un\u00a0<em>selfie<\/em>\u00a0d\u2019eux au milieu de ces copains et du terrain. C\u2019est plus facile et plus ludique. C\u2019est de l\u2019image conversationnelle qui est l\u00e0 avant tout pour entretenir le lien et susciter une r\u00e9action. Dans un second temps seulement, elle joue sa fonction de garant du souvenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Est-ce que le \u00ab pic speech\u00a0\u00bb, comme le \u00ab verlan \u00bb d\u2019antan, permet de se distinguer des a\u00een\u00e9s ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Oui, bien-s\u00fbr, les ados ont invent\u00e9 une langue qui leur est propre, qui leur permet d\u2019\u00e9chapper au contr\u00f4le des adultes et d\u2019affirmer leur appartenance \u00e0 un groupe. Sur Facebook, o\u00f9 ils savent que les adultes vont, ils mettent peu de photos en ligne ou alors uniquement pour leur groupe d\u2019amis. S\u2019ils se d\u00e9placent vers Snapchat ou Instagram, c\u2019est bien parce que c\u2019est l\u00e0 que se trouve leur territoire, leur bulle. Ils sont par exemple pass\u00e9s ma\u00eetres dans l\u2019art de conserver (\u00ab screener \u00bb) les images \u00e9ph\u00e9m\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les parents ne comprennent rien \u00e0 cette culture LOL, \u00e0 ces messages remplis d\u2019\u00e9motic\u00f4nes. C\u2019est un langage plus complexe qu\u2019il n\u2019y para\u00eet, avec \u00e9norm\u00e9ment de r\u00e8gles implicites, qui n\u00e9cessite un apprentissage et \u00e9volue du coll\u00e8ge au lyc\u00e9e. Il est aussi bien plus cr\u00e9atif qu\u2019on le pense. Sur Snapchat, certains ados sont capables de raconter une histoire \u00e0 travers une succession de photos, comme dans un diaporama. Quand ils parlent, quand ils \u00e9crivent, les profs, les parents leur disent \u00ab\u00a0<em>On ne dit pas \u00e7a, on n\u2019\u00e9crit pas \u00e7a\u00a0<\/em>\u00bb. L\u00e0, ils ont une page blanche, un espace de libert\u00e9, qui plus est de dimension mondiale.<\/p>\n<figure><img decoding=\"async\" title=\"&quot;Parlez-vous Pic speech&quot;, de Thu Trinh-Bouvier\" alt=\" \" src=\"http:\/\/s2.lemde.fr\/image\/2015\/03\/05\/534x0\/4588245_6_1067_2015-03-05-d4e746a-24380-1fz9j11_08c7d2c7d96e8acbeb9bf7cf4914b6b3.jpg\" width=\"534\" data-lazyload=\"false\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<p>Source :\u00a0<a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/m-amour-consequences\/article\/2015\/03\/05\/l-image-nouveau-langage-des-ados_4588247_4497959.html\" target=\"_blank\">Le Monde<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019image, nouveau langage des ados \u00ab Les jeunes photographient comme ils respirent\u00a0\u00bb, estime Thu Trinh-Bouvier qui d\u00e9crypte le ph\u00e9nom\u00e8ne du \u00ab\u00a0Parlimage\u00a0\u00bb. \u00a0 Les adolescents ont d\u00e9velopp\u00e9 un langage qui leur  [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":877,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[37],"tags":[],"class_list":["post-876","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-presse"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/876","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=876"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/876\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":942,"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/876\/revisions\/942"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/media\/877"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=876"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=876"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=876"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}