{"id":914,"date":"2015-06-30T10:04:12","date_gmt":"2015-06-30T08:04:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/?p=914"},"modified":"2026-09-17T19:12:52","modified_gmt":"2026-09-17T17:12:52","slug":"marianne-la-tyrannie-de-lillimite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/marianne-la-tyrannie-de-lillimite\/","title":{"rendered":"Marianne : La tyrannie de l&rsquo;illimit\u00e9"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Le cin\u00e9ma, la musique, l&rsquo;\u00e9dition&#8230;, plus aucun domaine de la culture n&rsquo;\u00e9chappe d\u00e9sormais \u00e0 la loi de la marchandisation \u00e0 outrance. Un clic suffit \u00e0 s&rsquo;abonner sans limite. Une r\u00e9volution, disent les distributeurs. Les cr\u00e9ateurs, eux, ont du souci \u00e0 se faire.<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div><a title=\" Ted S. Warren\/AP\/SIPA\" href=\"http:\/\/www.marianne.net\/sites\/default\/files\/4609-100234578.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"gallery-node-100234578\"><img decoding=\"async\" title=\"\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.marianne.net\/sites\/default\/files\/styles\/article\/public\/4609-100234578.jpg?itok=_adFK0Wl\" width=\"660\" height=\"397\" \/><\/a><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>Ted S. Warren\/AP\/SIPA<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><a href=\"http:\/\/www.marianne.net\/cette-semaine-marianne-j-accuse-regis-debray-100234223.html\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.marianne.net\/sites\/default\/files\/resize\/capture_decran_2015-06-12_a_12.02.38-150x207.png\" width=\"150\" height=\"207\" \/>&gt;&gt;&gt; Article paru dans\u00a0<em>Marianne<\/em>\u00a0dat\u00e9 du 5 juin<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 16 avril dernier, l&rsquo;improbable est arriv\u00e9. Fran\u00e7ois Hollande, lors d&rsquo;un voyage officiel en Suisse, conc\u00e9dait publiquement avoir c\u00e9d\u00e9, lui aussi, aux sir\u00e8nes de l&rsquo;illimit\u00e9. Pour la bonne cause, pas pour promouvoir la derni\u00e8re initiative bancale destin\u00e9e \u00e0 ruiner le t\u00e9l\u00e9chargement ill\u00e9gal, mais pour d\u00e9fendre l&#8217;emploi et la formation.\u00a0<em>\u00ab OpenClassrooms est leader en Europe dans le secteur des Mooc\u00a0<\/em><div class=\"fusion-fullwidth fullwidth-box fusion-builder-row-1 hundred-percent-fullwidth non-hundred-percent-height-scrolling\" style=\"--awb-border-radius-top-left:0px;--awb-border-radius-top-right:0px;--awb-border-radius-bottom-right:0px;--awb-border-radius-bottom-left:0px;--awb-overflow:visible;--awb-flex-wrap:wrap;\" ><div class=\"fusion-builder-row fusion-row\"><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-0 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-one-full fusion-column-first fusion-column-last fusion-column-no-min-height\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-margin-bottom:0px;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-flex-column-wrapper-legacy\">[cours en ligne]<em>,<\/em>\u00a0a-t-il fermement d\u00e9clar\u00e9.\u00a0<em>Une id\u00e9e m&rsquo;est venue, que cette opportunit\u00e9 soit accessible aussi \u00e0 ceux qui en ont le plus besoin. Et qui en a le plus besoin ? Ceux qui sont en recherche d&#8217;emploi. \u00bb<\/em>\u00a0Aussi, \u00e0 partir de septembre 2015, le premier fonctionnaire de France a-t-il d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 que les demandeurs d&#8217;emploi auront un acc\u00e8s gratuit et illimit\u00e9 \u00e0 tous les services num\u00e9riques de la plate-forme fran\u00e7aise d&rsquo;e-\u00e9ducation, afin de t\u00e9l\u00e9charger e-books, vid\u00e9os et cours certifiants.<\/p>\n<p><strong>Ph\u00e9nom\u00e8ne mondial<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 qui risque d&rsquo;alimenter les d\u00e9bats sur la fracture num\u00e9rique, mais, surtout, qui contraste \u00e9trangement avec la crispation gouvernementale observ\u00e9e lorsque l&rsquo;ex-frondeur Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, confirmait l&rsquo;ouverture \u00e0 Chalon-sur-Sa\u00f4ne, en septembre 2012, du troisi\u00e8me entrep\u00f4t d&rsquo;Amazon, le leader mondial tant d\u00e9cri\u00e9 de la distribution en ligne. Sa cons\u0153ur \u00e0 la Culture, Aur\u00e9lie Filippetti, s&rsquo;\u00e9tait emport\u00e9e :\u00a0<em>\u00ab Tout le monde en a assez d&rsquo;Amazon et de son dumping social. \u00bb<\/em>\u00a0Une position qui aboutira, en 2014, \u00e0 une loi visant directement le g\u00e9ant am\u00e9ricain et fixant les conditions de vente du livre \u00e0 distance. Une loi que le sociologue Vincent Chabault* craignait d&rsquo;\u00eatre inop\u00e9rante \u00e0\u00a0<em>\u00ab freiner les mutations du commerce en ligne \u00bb<\/em>. A raison.\u00a0<em>\u00ab La consommation en ligne est un ph\u00e9nom\u00e8ne mondial,<\/em>\u00a0avait d\u00e9clar\u00e9 Arnaud Montebourg, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque.\u00a0<em>Il ne faut pas l&rsquo;opposer \u00e0 la librairie ind\u00e9pendante, les deux doivent cohabiter. \u00bb<\/em>\u00a0Ses paroles viennent de trouver une curieuse r\u00e9sonance, alors que la guerre des tranch\u00e9es qui oppose Amazon, dont la devise affich\u00e9e est\u00a0<em>\u00ab Work hard, have fun and make history \u00bb<\/em>\u00a0(\u00ab Travaillez dur, amusez-vous et entrez dans l&rsquo;histoire \u00bb), et la citadelle assi\u00e9g\u00e9e de l&rsquo;\u00e9dition et des libraires n&rsquo;en finit plus de faire couler l&rsquo;encre.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ILLIMIT\u00c9 EST LA DERNI\u00c8RE TROUVAILLE MARKETING \u00c0 FAIRE TOURNER LE MONDE, R\u00c9EL ET NUM\u00c9RIQUE, AMORC\u00c9E DANS LES ANN\u00c9ES 80<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div>\n<p><strong>Marchandisation globale<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, la firme de Jeff Bezos a relanc\u00e9 les hostilit\u00e9s, en proposant, en d\u00e9cembre dernier en France, apr\u00e8s l&rsquo;Allemagne, l&rsquo;Italie et l&rsquo;Espagne, son Kindle Unlimited, une liseuse permettant d&rsquo;acc\u00e9der, moyennant 9,99 \u20ac mensuels, \u00e0 700 000 livres num\u00e9riques, dont 20 000 r\u00e9f\u00e9rences en fran\u00e7ais, et plus de 2 000 livres audio. Une bonne partie de ce catalogue provient directement de la plate-forme d&rsquo;auto\u00e9dition Kindle Direct Publishing, mais Amazon promet qu&rsquo;on y trouvera aussi l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de la saga du magicien binoclard Harry Potter et le classique de George Orwell,\u00a0<em>la Ferme des animaux<\/em>. Un peu limit\u00e9 pour de l&rsquo;illimit\u00e9. Surtout pour les auteurs, qui ne seront pas r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s automatiquement \u00e0 chaque emprunt.\u00a0<em>\u00ab Il y a un grand flou sur cette question \u00bb<\/em>, explique Vincent Monad\u00e9, pr\u00e9sident du Centre national du livre (CNL). C&rsquo;est le moins qu&rsquo;on puisse dire. Pour que l&rsquo;auteur touche ses droits, il faudra en effet que le lecteur ait parcouru au moins 10 % de son livre&#8230; Qu&rsquo;importe. L&rsquo;illimit\u00e9 est la derni\u00e8re trouvaille marketing \u00e0 faire tourner le monde, r\u00e9el et num\u00e9rique. Amorc\u00e9e dans les ann\u00e9es 80, avec l&rsquo;am\u00e9ricaine CNN, qui fut la premi\u00e8re cha\u00eene t\u00e9l\u00e9 au monde \u00e0 proposer de l&rsquo;information en continu et en illimit\u00e9, et avec sa petite s\u0153ur MTV, qui fut, elle, le premier robinet \u00e0 clips de l&rsquo;industrie musicale, la tentation de l&rsquo;illimit\u00e9 a envahi tous les champs de la consommation, des transports en commun aux jeux vid\u00e9o en passant par les t\u00e9l\u00e9coms, les parcs d&rsquo;attractions et les cabinets d&rsquo;esth\u00e9tique. Et par la culture, bien s\u00fbr, \u00e0 la faveur des nouvelles technologies et de la d\u00e9mat\u00e9rialisation des supports, qui amorce un nouveau consum\u00e9risme d\u00e9passant toutes les bornes. Tout cela valide la sentence du proph\u00e9tique essayiste Guy Debord qui, dans\u00a0<em>la Soci\u00e9t\u00e9 du spectacle<\/em>, annon\u00e7ait d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 60 :<em>\u00a0\u00ab La culture, devenue int\u00e9gralement marchandise, doit aussi devenir la marchandise vedette de la soci\u00e9t\u00e9 spectaculaire. \u00bb<\/em>\u00a0Faisant craindre, aujourd&rsquo;hui, au philosophe Bernard Stiegler sa<em>\u00a0\u00ab destruction. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Le 7e art fut le premier \u00e0 entrer dans le cercle de la \u00ab marchandisation \u00bb\u00a0<em>ad nauseam<\/em>, gr\u00e2ce au groupe europ\u00e9en d&rsquo;exploitation cin\u00e9matographique UGC, qui, il y a quinze ans, offrait, s\u00e9ance tenante, acc\u00e8s \u00e0 toutes ses salles contre un abonnement mensuel de 20 \u20ac. Jusqu&rsquo;\u00e0 risquer l&rsquo;abc\u00e8s de la corn\u00e9e. Toll\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral. Le solidaire milieu du cin\u00e9ma \u00e9tait alors mont\u00e9 au cr\u00e9neau, en criant \u00e0 la mort de la cr\u00e9ation. Quinze ans plus tard, 15 millions d&rsquo;entr\u00e9es sont vendues en \u00ab formule illimit\u00e9e \u00bb chaque ann\u00e9e, soit une sur 10 ; les multiplexes ont bien eu la peau des cin\u00e9mas de quartier, mais la cr\u00e9ation cin\u00e9matographique, elle, n&rsquo;a pas tr\u00e9pass\u00e9. En 2014, elle a m\u00eame dop\u00e9 la fr\u00e9quentation des salles (200 millions d&rsquo;entr\u00e9es, soit 7,7 % d&rsquo;augmentation par rapport \u00e0 2013).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0Streming ad nauseam\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le monde de la musique essuya, lui, les bits de la r\u00e9volution num\u00e9rique. En ratant le virage 2.0 de la soci\u00e9t\u00e9 et en s&rsquo;accrochant \u00e0 tout ce qui avait fait historiquement son succ\u00e8s, \u00e0 savoir les ventes physiques de vinyles et, plus tard, de CD, il est en \u00e9tat de coma d\u00e9pass\u00e9.\u00a0\u00ab\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">APPLE ET AMAZON NE SONT QUE DES MACHINES DE DESTRUCTION DE VALEURS CULTURELLES. CE BUSINESS MODEL TUE LA CR\u00c9ATION\u00a0\u00bb\u00a0ALEXANDRE SAP<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au bord de la faillite depuis dix ans, l&rsquo;industrie musicale ne doit son salut qu&rsquo;au num\u00e9rique (46 % des ventes) et aux services de streaming par abonnement (+ 39 % en 2014). M\u00eame Pascal N\u00e8gre, le tr\u00e8s m\u00e9diatique PDG d&rsquo;Universal Music France, le groupe mondial qui produit 40 % de la musique du globe,\u00a0a d\u00fb satisfaire \u00e0 cette exigence. Les plates-formes de\u00a0<em>streaming<\/em>musical comme la su\u00e9doise Spotify et ses 15 millions d&rsquo;abonn\u00e9s ou la fran\u00e7aise Deezer et ses 6 millions de connect\u00e9s alimentent en continu, pour moins de 10 \u20ac par mois, les oreilles de 78 % des internautes fran\u00e7ais.\u00a0<em>\u00ab Apr\u00e8s la piraterie, les sonneries t\u00e9l\u00e9phoniques et le mod\u00e8le iTunes,<\/em>\u00a0confesse-t-il \u00e0 pr\u00e9sent,<em>\u00a0la musique change \u00e0 nouveau de paradigme avec l&rsquo;av\u00e8nement du streaming, qui consiste \u00e0 payer pour un usage et non pour une possession. \u00bb<\/em>\u00a0Jusqu&rsquo;\u00e0 en avoir des acouph\u00e8nes. M\u00eame le producteur vedette am\u00e9ricain Jay-Z vient de sortir la sienne, Tidal, o\u00f9 l&rsquo;internaute m\u00e9lomane peut s&rsquo;abreuver de 25 millions de titres en qualit\u00e9 CD et de 75 000 vid\u00e9os haute d\u00e9finition pour 19,99 \u20ac par mois et 9,99 \u20ac pour une qualit\u00e9 standard. Un flop, car ses actionnaires ne sont autres que Madonna, Beyonc\u00e9, Daft Punk, Rihanna, Kanye West, Usher&#8230; Peu importe la fausse note des nantis de la musique, jouant la gamme de l&rsquo;illimit\u00e9 pour engranger plus de royalties, la partition semble \u00e9crite d&rsquo;avance. Au moment o\u00f9 le Midem vient d&rsquo;ouvrir ses portes \u00e0 Cannes, Apple, \u00e0 la suite du rachat pour 3 milliards de dollars de Beats Music, la juteuse entreprise du producteur de rap Dr Dre, se pr\u00e9pare, pour rattraper son retard, \u00e0 annoncer le lancement de son propre service de\u00a0<em>streaming<\/em>, directement accessible, pour 7,99 dollars mensuels, aux millions de propri\u00e9taires d&rsquo;iPhone. Autant dire que la guerre de l&rsquo;illimit\u00e9 dans la musique en ligne ne fait que commencer et que l&rsquo;addiction n&rsquo;est pas pr\u00e8s de s&rsquo;arr\u00eater pour le consommateur avide. Quitte \u00e0 ne plus savoir ce qu&rsquo;il ingurgite, enivr\u00e9, seulement de cette surmultiplication des donn\u00e9es.\u00a0<em>\u00ab Apple et Amazon, ces majors de la distribution,<\/em>\u00a0s&rsquo;insurge Alexandre Sap, ancien directeur de label ind\u00e9pendant et patron de Forward (lire l&rsquo;encadr\u00e9),\u00a0<em>ne sont que des machines de destruction de valeurs culturelles. Face \u00e0 elles, la musique, le cin\u00e9ma et l&rsquo;\u00e9dition peinent \u00e0 pr\u00e9server leurs catalogues. Ce business model tue la cr\u00e9ation et rend ceux qui en sont d\u00e9pendants totalement accultur\u00e9s. \u00bb<\/em>\u00a0Certains artistes r\u00e9sistent pour cela au\u00a0<em>streaming<\/em>, comme Cabrel ou Goldmann. Mais, d\u00e8s lors, ils sont moins \u00e9cout\u00e9s.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><strong>Addiction destructrice<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Accultur\u00e9s, les 60 millions d&rsquo;abonn\u00e9s (500 000 en France) de la plate-forme am\u00e9ricaine de\u00a0<em>streaming<\/em>Netflix ? Peut-\u00eatre, mais accro au tout, tout de suite, s\u00fbrement. Car Netflix bouleverse toutes les r\u00e8gles. Pour 7,99 \u20ac par mois, l&rsquo;abonn\u00e9 peut ingurgiter, comme il le souhaite et quand il le souhaite, films et s\u00e9ries. Jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;overdose : c&rsquo;est le\u00a0<em>binge watching<\/em>. Un autre dealer d&rsquo;images, ill\u00e9gal cette fois, Popcorn Time, le talonne \u00e0 pr\u00e9sent sur ce march\u00e9. Qualifi\u00e9 de\u00a0<em>\u00ab pire cauchemar de Hollywood \u00bb<\/em>, il offre \u00e0 l&rsquo;infini des films et des s\u00e9ries r\u00e9centes en qualit\u00e9 haute d\u00e9finition. Jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;indigestion. Sur leur blog, ses cr\u00e9ateurs s&rsquo;en expliquent :\u00a0<em>\u00ab Le piratage n&rsquo;est pas un probl\u00e8me de personnes. C&rsquo;est un probl\u00e8me de service. Un probl\u00e8me cr\u00e9\u00e9 par une industrie qui consid\u00e8re l&rsquo;innovation comme une menace pour leur mod\u00e8le \u00e9conomique antique. \u00bb<\/em>\u00a0Fermez le ban !<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Derni\u00e8re des industries culturelles \u00e0 \u00eatre touch\u00e9es par la pand\u00e9mie de l&rsquo;illimit\u00e9, l&rsquo;\u00e9dition. Et de quelle fa\u00e7on ! Des offres existaient d\u00e9j\u00e0, lekiosk.com, pour la presse, publie.net, youboox.fr, youscribe.com pour le livre ou izneo.com pour la BD, mais le choc frontal de Kindle Unlimited, la librairie num\u00e9rique d&rsquo;Amazon, dans un contexte de r\u00e9cession, affole \u00e9diteurs et libraires. Les r\u00e9sultats d&rsquo;une enqu\u00eate Ipsos-CNL, opportun\u00e9ment sortie lors du dernier Salon du livre, en mars dernier, sont \u00e9difiants. Le pays aux 15 prix Nobel de litt\u00e9rature lit de moins en moins : seulement un livre par an pour 90 % des Fran\u00e7ais. Le temps de lecture moyen hebdomadaire a aussi diminu\u00e9 de vingt-huit minutes depuis trois ans. Et la fracture g\u00e9n\u00e9rationnelle est b\u00e9ante. Les 15-24 ans confessent \u00e0 45 % consacrer plus de temps \u00e0 surfer sur Internet, \u00e0 \u00e9couter de la musique ou \u00e0 alimenter les r\u00e9seaux sociaux qu&rsquo;\u00e0 lire. Au point que Vincent Monad\u00e9 veut d\u00e9clarer\u00a0<em>\u00ab la lecture grande cause nationale \u00bb<\/em>. Devant la strat\u00e9gie d&rsquo;Amazon, l&rsquo;\u00e9dition a donc, comme le cin\u00e9ma, la musique et la t\u00e9l\u00e9vision avant elle, saisi, au nom de la destruction du march\u00e9 du livre, le minist\u00e8re de la Culture. Fleur Pellerin s&rsquo;est empress\u00e9e de d\u00e9clarer<em>\u00a0\u00ab ill\u00e9gale \u00bb<\/em>\u00a0l&rsquo;offre illimit\u00e9e et a enjoint aux frondeurs de s&rsquo;aligner sur la loi fran\u00e7aise sous trois mois, suivant ainsi l&rsquo;avis de la m\u00e9diatrice, Laurence Engel, ex-directrice de cabinet de l&rsquo;ancienne ministre de la Culture Aur\u00e9lie Filippetti. Elle rappelle que seuls les \u00e9diteurs doivent pouvoir fixer le prix du livre num\u00e9rique. Un prix qui, depuis 2011, est align\u00e9 sur celui du livre papier, un prix unique r\u00e9gi par la loi Lang de 1981.\u00a0<em>\u00ab De ce point de vue, les abonnements forfaitaires illimit\u00e9s qui concerneraient plusieurs \u00e9diteurs ne respectent pas la loi \u00bb<\/em>, a-t-elle tranch\u00e9. Le Netflix du livre, qui s&rsquo;est enfin d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 payer des imp\u00f4ts en France, a, lui, d\u00e9j\u00e0 bott\u00e9 en touche. Il se pr\u00e9sente comme une biblioth\u00e8que priv\u00e9e virtuelle et non comme un service de location, l&rsquo;utilisateur n&rsquo;achetant pas une copie mais un droit d&rsquo;acc\u00e8s, exactement comme le permet tout abonnement \u00e0 n&rsquo;importe quelle biblioth\u00e8que municipale.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<blockquote><p>POUR CONTOURNER LA LOI, AMAZON SE PR\u00c9SENTE COMME UNE BIBLIOTH\u00c8QUE PRIV\u00c9E VIRTUELLE, FAISANT PAYER UN SIMPLE DROIT D&rsquo;ACC\u00c8S<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>L&rsquo;illimit\u00e9&#8230; et apr\u00e8s ?<\/strong><\/p>\n<p>Mais, au pays de l&rsquo;exception culturelle, les \u00e9diteurs font de la r\u00e9sistance.\u00a0<em>\u00ab Le vrai probl\u00e8me d&rsquo;Amazon,<\/em>\u00a0analyse-t-on \u00e0 Actes Sud,\u00a0<em>ce sont les droits d&rsquo;auteur. Ils sont bafou\u00e9s. Nous nous battrons, le rouleau compresseur ne nous \u00e9crasera pas aussi facilement. \u00bb<\/em>\u00a0Dont acte. Comme aux Etats-Unis, o\u00f9 les big five du secteur (HarperCollins, Hachette Book Group, Simon &amp; Schuster, Penguin Random House et Macmillan) font la sourde oreille \u00e0 toute proposition, aucune major fran\u00e7aise du livre ne r\u00e9pond \u00e0 l&rsquo;appel d&rsquo;Amazon.\u00a0<em>\u00ab Je serai le dernier \u00e0 plonger. \u00c7a n&rsquo;a aucun sens, vraiment aucun sens,<\/em>\u00a0a assen\u00e9 Arnaud Nourry, PDG du groupe Hachette Livre, sur BFM.\u00a0<em>Si nous allions vers les abonnements, nous irions vers la destruction du mod\u00e8le \u00e9conomique que nous mettons en place. \u00bb<\/em>\u00a0Alain Kouck, PDG d&rsquo;Editis, qui regroupe 40 marques d&rsquo;\u00e9dition et n&rsquo;a sign\u00e9 avec aucune plate-forme d\u00e9j\u00e0 existante, semble peu enclin \u00e0 traiter avec la firme de Seattle. Quant \u00e0 Immat\u00e9riel, le distributeur qui regroupe pr\u00e8s de 600 \u00e9diteurs, il a \u00e9mis une fin de non-recevoir. Tant pis pour les potentiels nouveaux lecteurs que pourrait apporter ce nouveau \u00ab m\u00e9dia \u00bb vorace. Car, aux Etats-Unis, l&rsquo;illimit\u00e9, ce\u00a0<em>\u00ab gavage qui r\u00e9sulte de la marchandisation de la culture \u00bb<\/em>, comme le d\u00e9finit l&rsquo;\u00e9crivain Annie Le Brun, semble booster, au moins \u00e0 court terme, les ventes de livres. Selon le dernier rapport Nielsen Book, les abonn\u00e9s \u00e0 des formules comme Kindle Unlimited ou Oyster d\u00e9penseraient pour satisfaire leur addiction plus que les autres consommateurs am\u00e9ricains : 58 dollars, contre 34. Mais peut-\u00eatre plus pour tr\u00e8s longtemps&#8230;<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><em>\u00ab L&rsquo;avenir sans fin s&rsquo;ouvre \u00e0 l&rsquo;\u00eatre illimit\u00e9 \u00bb<\/em>, affirmait Victor Hugo dans ses Odes. Sans fin ? Pas pour les abonnements illimit\u00e9s en tout cas, qui pourraient prochainement dispara\u00eetre aux Etats-Unis sous les attaques de l&rsquo;agressif Gafa, l&rsquo;entit\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9elle compos\u00e9e par les g\u00e9ants de ce qu&rsquo;on appelle outre-Atlantique le\u00a0<em>soft power<\/em>\u00a0du virtuel r\u00e9gentant de plus en plus l&rsquo;existence toxicomane des individus, les Google, Apple, Facebook et Amazon. Car, une fois le seuil de la consommation de donn\u00e9es en \u00ab illimit\u00e9 \u00bb d\u00e9pass\u00e9, l&rsquo;internaute devra s&rsquo;acquitter d&rsquo;un suppl\u00e9ment. Le Gafa amorce ainsi l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un Internet \u00e0 plusieurs vitesses.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\">En attendant, Amazon continue d&rsquo;alimenter la vie du consommateur. La firme vient de lancer le \u00ab Dash Button \u00bb, un bo\u00eetier connect\u00e9 au WiFi, via l&rsquo;application Amazon pour smartphone, qui permet, de chez soi, de passer commande de produits du quotidien par le simple effleurement d&rsquo;un \u00ab bouton \u00bb. Demain, aussi pour les produits culturels ? D\u00e9finitivement sans limites&#8230; mercantiles.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<div><strong>L&rsquo;avant-garde, ultime recours de la culture<\/strong>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alexandre Sap n&rsquo;y va pas par quatre chemins\u00a0: face aux attaques du Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon), l&rsquo;avant-garde serait le seul salut des entreprises culturelles. Cet ancien cr\u00e9ateur et directeur du label ind\u00e9pendant Recall Group, qui a sign\u00e9 en 2005 le premier contrat fran\u00e7ais de distribution avec iTunes et qui est, depuis, \u00e0 la t\u00eate de Forward, une entreprise sp\u00e9cialis\u00e9e dans le marketing culturel, d\u00e9fend l&rsquo;urgence d&rsquo;une r\u00e9appropriation de la culture par ses acteurs.\u00a0<em>\u00ab D\u00e9fendons nos droits, reprenons le contr\u00f4le de nos int\u00e9r\u00eats, remettons l&rsquo;humain au centre de cette machine infernale,<\/em>\u00a0s&rsquo;enflamme-t-il.\u00a0<em>Les Apple, Amazon et Spotify ne cr\u00e9ent rien, ils se contentent de se nourrir sur la b\u00eate. Mais elle va se relever. C&rsquo;est \u00e0 nous de combattre ces g\u00e9ants. \u00bb<\/em>\u00a0Dans\u00a0<em>Rebirth Of The Cool<\/em>, son dernier livre, Alexandre Sap, en donnant la parole \u00e0 des cr\u00e9ateurs (le graffeur Andr\u00e9 Saraiva, le fondateur de\u00a0<em>Purple Magazine<\/em>\u00a0Olivier Zahm, le photographe Francesco Carrozzini&#8230;) et des acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 culturelle (le conservateur de mus\u00e9e J\u00e9r\u00f4me Sans, le fondateur du label Roc Nation John Meneilly, le cofondateur des\u00a0<em>Inrockuptibles<\/em>\u00a0Jean-Daniel Beauvallet&#8230;) s&rsquo;interroge sur une culture brad\u00e9e et sur les moyens de la faire \u00e0 nouveau \u00e9merger.<em>\u00a0\u00ab Pendant qu&rsquo;on se battait contre le piratage,<\/em>\u00a0explique-t-il,\u00a0<em>on n&rsquo;a pas vu arriver le danger du format propri\u00e9taire. La Silicon Valley rafle le travail des cr\u00e9ateurs, avec le seul but d&rsquo;alimenter les ventes de son mat\u00e9riel propre, Kindle, iPhone ou iWatch. \u00bb<\/em>\u00a0Alors\u00a0?\u00a0<em>\u00ab Alors, prenons \u00e0 nouveau des risques, cr\u00e9ons et lib\u00e9rons-nous de ces contraintes impos\u00e9es\u00a0! \u00bb\u00a0<\/em>Chiche.<\/p>\n<p><strong>Rebirth Of The Cool,<\/strong>\u00a0d&rsquo;Alexandre Sap, Kawa, 153\u00a0p., 19,95\u00a0\u20ac.<\/p>\n<p>Source : <a href=\"http:\/\/www.marianne.net\/tyrannie-illimite-100234578.html\" target=\"_blank\">Marianne<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"fusion-clearfix\"><\/div><\/div><\/div><\/div><\/div><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le cin\u00e9ma, la musique, l&rsquo;\u00e9dition&#8230;, plus aucun domaine de la culture n&rsquo;\u00e9chappe d\u00e9sormais \u00e0 la loi de la marchandisation \u00e0 outrance. Un clic suffit \u00e0 s&rsquo;abonner sans limite. Une r\u00e9volution,  [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":915,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[37],"tags":[],"class_list":["post-914","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-presse"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/914","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=914"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/914\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1788,"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/914\/revisions\/1788"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/media\/915"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=914"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=914"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.editions-kawa.com\/actualites\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=914"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}